jeudi 19 mai 2011

Chapitre 1: l'enfant de l'ombre. (partie 2)

Neuf  lunes passèrent. Neuf longs mois. Morgane se sentait mal dans ce corps gonflé de l'enfant qu'elle n'avait pas souhaité, et pétrie des remords qu'elle cultivait chaque jour.
Le destin de son enfant était déjà tout tracé alors même qu'il n'était pas encore né. Morgane soupçonnait qu'il l'avait été bien avant la conception même de l'enfant. Son fils, car selon Merlin et Viviane, se serait un garçon, serait roi de Haute Bretagne, succédant à Arthur. Ainsi, après avoir été élevé en Avalon, il rétablirait les anciennes traditions, la religion de la Grande Déesse.
Entre temps, Arthur s'était marié à une jeune chrétienne, Guenièvre, fille du Roi Léodegrant, roi de Gwent. C'était une jeune fille d'une rare beauté: ses longs cheveux blonds lui battaient les reins, son nez était petit et mutin, ses yeux d'un vert de Jade étincelant. Dans sa robe blanche, lors de la bénédiction nuptiale, elle ressemblait à un ange.
Comme l'avait prévu Merlin, Arthur se convertit au christianisme. le plan que Viviane nourrissait, et qui d'ici quelques années concernerait le fils de Morgane, pouvait être mis en oeuvre. Le moment approchait.

Morgane décida de quitter Avalon bien qu'encore enceinte et sur le point de donner la vie. Elle ne voulait pas que cet enfant, son fils qui allait naitre, soit l'objet de la Déesse, un pion que Viviane et Merlin déplaceraient à leur guise, en fonction de leurs besoins. Même si elle ne l'avait pas désiré, elle voulait que son fils ait une vie paisible, comme celle qu'elle même avait vécu avant de quitter Tintagel pour rejoindre Avalon.
Elle se réfugia chez sa soeur, Morgause, qui s'occupa d'elle. Morgane ne se sentait pas le coeur à élever un enfant, celui-ci moins encore. Morgause lui demanda le nom du père de l'enfant: Morgane garda tout d'abord le silence, puis finit par avouer.
"il est l'enfant d'Arthur."
Une lueur ambigüe passa dans les yeux limpides de Morgause: Morgane feignit de ne pas la voir.
"Je ne voulais pas de cet enfant, mais j'ai été désignée par la Déesse pour le porter. Aujourd'hui, je te le confie, ma soeur. je ne veux pas qu'il soit le jouet d'Avalon comme je l'ai été. Arthur ne doit pas savoir non plus...."
Morgause lui assura qu'elle élèverait l'enfant comme le sien, et Morgane fut rassurée.
"Agravain est encore nourri au sein, dit Morgause, la nourrice est prête pour ton enfant."
Morgane restait songeuse, sa soeur le remarqua:
"ne t'inquiète pas, dit-elle, Hors d'Avalon, merlin et Viviane ne peuvent rien. Ils ne pourront te retirer ton enfant."

Morgause se rendit dans la chambre de Lot ce soir-là, repoussant les avances de tous ses amants. La reine des Orcades était volages, ce qui était de notoriété publique. Seul Lot feignait l'ignorance, refusant d'admettre la vérité.
Mais ce soir, elle avait mieux à faire. Elle ouvrit brusquement la porte des appartements de son mari, et la referma avec fracas.
"Lot, j'ai à te parler.
-Qui t'as sommée d'entrer, femme?
-Je suis ton épouse, Lot, pas une de ces catins avec qui il t'arrive de partager ta couche! je n'ai pas à me faire annoncer.
-Soit. Parle vite, je suis éreinté.
- Je sais qui est le père de l'enfant qu'elle porte.
- Qui ça?
- Morgane, bien sûr! L'enfant est celui d'Arthur!
- Comment? Femme, tu te ris de moi?
- C'est la vérité, mon cher! s'exclama-t-elle, triomphante, s'asseyant sur les couvertures de fourrure de la couche de son époux. Elle les caressa un instant, puis reprit:
"Nous avons désormais une arme contre lui. Il ne peut rien contre nous."
Lot se souleva sur un coude:
"Tu oublies que la mère de cet enfant est Morgane, ta soeur, et non toi même! Il ne nous appartient pas.
-Elle ne veut pas de l'enfant. Elle veut qu'il soit élevé ici, par moi même."
Lot réfléchit un instant. Il n'avait jamais supporté qu'Arthur, fils d'Uther, sortant de nulle part, soit reconnu comme héritier par le roi quelques minutes avant sa mort. Lot, qui se voyait déjà Roi de Haute Bretagne s'était vu voler le titre par ce jeune gamin à peine pubère. Pour sceller leur alliance, Arthur, du haut de ses 13 ans, avait promis à Lot de prendre son premier né pour héritier, si la lignée de Pendragon s'arrêtait à lui même, Arthur. Gauvain était donc l'héritier présumé du Roi, à moins que la reine ne lui donne un héritier légitime, ce qui n'était toujours pas le cas.
Un sourire carnassier se dessina sur les lèvres de Lot. Il avait maintenant un avantage sur Arthur mais aussi sur tous ces sorciers d'Avalon qui devaient être à l'origine de la grossesse de Morgane.
"Gardons cet enfant près de nous. répondit-il, il sera bien temps de nous en servir quand nous en aurons besoin.
- Le trône de Bretagne sera bientôt aux mains de notre famille, Lot. Ce n'est qu'une question de temps. répondit Morgause en attirant son époux à elle.

Mordred naquit par une nuit d'hiver sans lune ce qui, selon Morgause, n'était pas de bonne augure. Ainsi lui avait-on appris en Avalon que lors de ces nuits, le Malin était à l'affût. Dehors, une tornade de neige soufflait. Morgause enveloppa rapidement l'enfant d'une couverture en fourrure. Morgane souffrait de fièvres, et l'enfant fut sauvé de justesse de la mort. C'était un enfant frêle, d'aspect maladif. Il fut aussitôt emmené à la nourrice qui le réchauffa et le nourrit.
Morgane ne put tenir son enfant dans ses bras que 2 semaines plus tard, lorsque la fièvre fut tombée et qu'elle put rester assise dans son lit. Elle le scruta, puis décida qu'elle ne le trouvait pas beau. De plus, ilne cessait de brailler lorsqu'elle le prenait dans ses bras, alors qu'il se calmait instantanément dans ceux de Morgause. elle insista tout de même pour lui donner un prénom, et le nomma Mordred.

Morgane resta aux Orcades, auprès de sa soeur et de sa famille quelques années, s'absentant régulièrement pour se rendre en Avalon. Ses relations avec les habitants de l'île, Viviane plus particulièrement, étaient aussi tendues qu'une corde sur le point de rompre.
"- Confier ton fils à Morgause est la pire chose que tu ais pu faire! Elle va se servir de lui pour faire chanter Arthur, ou pire, accéder au trône!
- la colère vous fait divaguer, Viviane!
-Non, je sais tout à fait ce que je dis! N'oublie pas que Gauvain est l'héritier présumé d'Arthur!"
Viviane s'assit, tentant de ravaler sa colère. Elle reprit d'une voix plus calme:
"- La reine Guenièvre est stérile, je l'ai vu. elle ne pourra jamais donner d'héritier à Arthur. Guenièvre est jeune, et ils gardent donc, Arthur et elle, espoir d'avoir un enfant. Mais ils n'en auront jamais. Gauvain est donc théoriquement en première place pour accéder au trône. Mais maintenant que Mordred est né, beaucoup de choses vont changer..."
Elle se leva et se remit à faire les cent pas.
"C'est heureux qu'elle ne l'ait pas tué à la naissance! Tout n'est pas perdu pour nous!"
A cette dernière phrase, le sang de Morgane ne fit qu'un tour:
"Que représente cet enfant pour vous, Viviane? Un enjeu? Une solution au mal qui ronge l'île? Ou bien le voyez vous encore comme un être humain? "
Viviane la regarda un instant. Dans son regard, beaucoup d'émotions passèrent: l'amour, la haine, l'affliction... Pourtant son visage restait impassible. Mais Morgane savait qu'au plus profond d'elle même, Viviane était blessée.
"- J'ai eu deux fils, finit-elle par répondre, Lionel et Lancelot. Je sais ce qu'est l'amour maternel. Alors dis-moi, Morgane, ce que représente cet enfant à TES yeux?"
Morgane se figea à son tour, ne sachant que répondre. Une fois de plus, Viviane avait percé son coeur à jour. Elle avait toujours su le faire. Morgane sortit de la pièce sans mot dire.
Le soir même, elle quitta Avalon pour retourner aux Orcades.

mercredi 18 mai 2011

Chapitre 1: l'enfant de l'ombre. (partie 1)

Beltane, les fêtes de la fertilité, du renouveau de la terre.
Dehors, les feux de joies illuminaient le ciel, le faisant paraitre moins sombre en cette nuit sans lune.dans sa chambre, Arthur, jeune roi de Haute Bretagne, soupira. Il resta longuement devant sa fenêtre à regarder les villageois célébrer la fête, chantant, dansant, criant de joie, s'attrapant les uns les autres... L'excitation montait, le moment approchait...
Arthur soupira de nouveau. Il était loin le temps où, jeune enfant, il célébrait Beltane, un Beltane d'enfant ou l'on cuisinait des galettes de blé et d'orge accompagnées de fromage frais, et où l'on dévorait les fraises des bois. A cette époque il offrait des couronnes de fleurs des champs tressées à ses soeurs, Morgause et Morgane.
Mais ces temps étaient bien loin désormais: il avait vieilli et n'avait pas revu ses soeurs bien longtemps... L'ainée, Morgause, était mariée au Roi Lot des Orcades. Il savait par Lot, qu'il voyait régulièrement, qu'elle portait son troisième enfant, et il semblait, selon leur mère Ygerne, qu'elle accoucherait dans 2 lunes. Ygerne se trompait rarement.
Le premier enfant de Lot et Morgause se nommait Gauvain et était déjà un solide gaillard pour ses 7 ans. Il était le portrait craché de sa mère: des yeux bleus en amandes, un nez court, des lèvres fines, et avait hérité des cheveux blonds de sa mère, ce qui le distinguait des autres membres de sa famille. Quant à Gareth, le second, âgé de 3 ans, il était aussi brun que Lot, son père.
Arthur soupira encore. Il pensa à Morgane, sa seconde soeur, cadette de Morgause de 2 ans. Il n'était qu'un petit enfant lorsqu'elle était partie pour Avalon avec la Dame du lac. Morgane elle-même n'avait pas 10 ans. Et cela faisait 10 ans qu'elle était partie.

Il sortit de ses rêveries lorsqu'on frappa à la porte.
"Entrez"
Une jeune femme très brune, visiblement plus vieille que lui de plusieurs années, entra  silencieusement. ses cheveux étaient tressés et elle portait une robe bleu nuit ainsi qu'une tunique bleu clair cerné de fil d'argent. Elle s'avança lentement vers lui, s'assit à ses côtés, et la magie de ce soir de fête les enveloppa.
Ce qu'Arthur ne sut que bien plus tard était que cette jeune femme n'était autre que sa soeur Morgane, envoyée d'Avalon afin de partager sa couche. De cette liaison devait naitre le sauveur du royaume.
Moragne s'était présentée en tant que reine d'une contrée lointaine, inconnue de tous les Hauts Bretons. Ce mystère avait quelques peu émoustillé le jeune Arthur, qui avait invité la jeune femme à passer un peu de temps avec lui afin qu'elle lui fasse découvrir son pays, une fois tout le monde endormi.
"Me voici, mon Roi, comme vous me l'aviez demandé.
-Je vous remercie, chère Dame, de votre venue. Prenez place où il vous conviendra, mes appartements sont vôtres."
Elle le regarda un instant. Il n'avait pas encore perdu les boucles blondes de son enfance, mais dans ses yeux, on pouvait lire toute la fatigue liée à ses activitées de roi. Arthur n'était encore qu'un adolescent, et cependant, son regard était celui d'un vieillard. Elle se reprit et répondit, ne voulant s'attendrir d'avantage:
"prenez garde, Arthur, à ce que je n'y prenne pas goût"
Elle s'allongea lascivement sur la couche du roi.
"Que vous y preniez goût est mon désir le plus cher, ma Dame."
Il s'approcha d'elle, s'assit sur le bord du lit, jouant distraitement avec l'une des tresses de la jeune femme. Elle n'était pas d'une beauté incroyable, mais elle possédait néanmoins un fort pouvoir attractif, un charisme indéniable. A moins que tout cela ne soit dû au vin chaud épicé dont il avait quelque peu abusé au diner. Il la contempla un instant: de grands yeux bruns, un long nez aquilin une bouche fine... Il la désirait.
"Je sais, moi, quel est votre plus cher désir en ce soir de Beltane. Avez-vous déjà participé à ces rites nocturnes?
-Non, jamais... avoua-t-il. mais on dit que cette nuit-là, si on trouve femme à son goût, tout est permis.
-Tout est permis... répèta-t-elle lascivement. Alors Arthur, laissez vous aller à votre plus profond désir..."
La nuit fut longue est les esprits échauffés. Alors qu'Arthur et Morgane scellaient le destin du royaume en scellant l'un à l'autre leur 2 corps ardents, Beltane opérait sa magie. Les villageois dansaient autour des feux de joies, couronnés d'aubépine ou d'épines noires, ou encore de feuilles de chêne, le corps et l'esprit enfièvrés.
Puis ils entendirent le Dieu cornu bramer, battu et laissant sa place, mourant, à un plus jeune que lui, qui à sont tour serait défié l'année suivante. Ainsi le voulait la tradition.

Prologue

Allongé dans l'herbe, ses grands yeux d'un bleu limpide dirigés vers le couchant, il porta sa main gantée vers la source de sa douleur, puis vers ses yeux. Du sang... Sa fin approchait. Il hurla un nom, Eireann, "ile d'ouest" en gaëlique, puis se mit à pleurer. Il pleura comme jamais il ne l'avait fait durant toute sa misérable vie. Aquoi bon garder ses larmes pour lui? Il était seul et mourait seul.

Le soleil était maintenant caché par les collines et l'obscurité l'enveloppait de ses bras glacés. Il tourna la tête et distingua la lumière d'un flambeau s'approchant de lui. c'était Yvain, son ami, son frère, celui qui ne s'était jamais détourné de lui.

"Mordred, je te retrouve enfin, mon frère!
- Où est-elle? Je veux la voir avant de mourir.
-Elle est partie ce matin pour Avalon avec Morgane... A l'heure qu'il est, elles doivent être dans les brumes...
Mordred serra les dents alors que la douleur se rappelait à lui. Puis il hurla de nouveau, d'un hurlement si rauque et désespéré qu'on l'entendit par tout le royaume et jusqu'à Camaalot, où bon nombre de dames en frissonnèrent d'angoisse. Etait-ce la voix du Roi ou de son fils qui venait de résonner par tout le château?
Arthur n'était toujours pas revenu et n'avait fait envoyer aucun messager laissant la Reine Guenièvre dans la peur la plus profonde. Entendant ce hurlement morbide, la Reine se leva et se rendit à la chapelle où elle pria tout le nuit.
Un nom résonna de nouveau dans la noirceur du ciel nocturne. "Eireann", et Guenièvre sut que c'était la voix de Mordred. Et si Mordred mourait, alors Arthur vivait. Elle garda espoir jusqu'à l'arrivée de Lancelot et de cette annonce: Arthur n'était plus. Quant à Mordred....
Elle leva sa main, Lancelot se tût.
"Qu'il repose en paix." furent ses derniers mots.

Après la mort de Mordred, Yvain retourna sur les terres de son père défunt, où il régna en bon roi. Mais lorsqu'il voulu tenir la promesse faite à Mordred sur son lit de mort, il ne le put: Eireann avait disparue. Il la chercha pendant de longues années, tenta même de traverser les brumes d'Avalon. mais ce fut peine perdue. Il ne la revit jamais.
Le souvenir de la mort de Mordred le hanta jusqu'à la fin de ses jours et il ne mourut pas en paix. Il savait que quelque part, sur l'île d'Avalon, quelqu'un chantait chaque jour un chant funèbre à l'honneur de Mordred. Quelqu'un avec qui il aurait pu finir ses jours et partager sa peine. Quelqu'un qui n'avait jamais aimé que Mordred dans sa vie.
Quelqu'un... Une femme... Eireann.